La confiance dans les soins : entre obligation et volonté
Lorsqu’une personne tombe malade, elle se retrouve obligée d’entrer en relation avec des personnes inconnues en blouse blanche (infirmiers, kinésithérapeutes, médecins, etc.) qui, par la force des événements, ne cessent de franchir son cercle intime (toilette, manipulations, examens du corps, piqûres, etc.). Cette situation de maladie et de dépendance l’oblige — voire la contraint — à adopter une attitude d’ouverture à leur égard.
Le principal médiateur qui permet cette attitude d’ouverture est la confiance : la confiance dans leurs soins, dans leur professionnalisme, dans leur bienveillance, dans leur soutien, etc. Toutefois, si ce médiateur est nécessaire à la relation soignant-soigné, la forme qu’il prend n’est pas toujours la plus avantageuse pour le parcours de soin de la personne, en particulier lorsque celui-ci s’avère long et pénible.
En effet, comme évoqué précédemment, la situation de maladie oblige la personne à faire confiance à l’infirmier pour ses soins et pour la satisfaction de ses besoins. Dans sa position de faiblesse physique et d’irritabilité émotionnelle, ce sentiment d’obligation est souvent vécu comme un dessaisissement de son choix et de son libre arbitre (« si je veux m’en sortir, je dois faire confiance, je dois obéir, je n’ai pas le choix »). Dès lors, loin de témoigner d’une volonté intrinsèque de s’impliquer positivement dans ses soins, la personne se met à obéir à des injonctions extérieures, à la volonté du soignant qui lui demande de faire ceci ou cela (« il faut rester sur le dos », « il faut laisser le bras tendu », « il faut faire sa toilette à telle heure », etc.). La personne se retrouve ainsi obligée de faire confiance, bon gré mal gré. C’est ce que j’appelle la relation de confiance obligée.
Cette forme de confiance, bien qu’elle puisse fonctionner un temps, s’avère contre-productive lorsque le parcours de soin se prolonge. En effet, le sentiment d’obligation est souvent précurseur de contrariété, de colère et de tristesse, d’autant plus dans un contexte de souffrance physique et psychique lié à la maladie. Par leur accumulation, ces émotions négatives impactent profondément le vécu de la personne et se transforment en contraintes qui perturbent l’amélioration de son état : refus de soins, ruminations, troubles du sommeil, repli sur soi, non-adhésion aux soins quotidiens, etc.
À l’inverse, lorsque l’infirmier s’applique à instaurer auprès de la personne un climat d’écoute et de compréhension de ses ressentis physiques et psychiques, lorsque celle-ci trouve un espace extérieur lui permettant d’exprimer et de vivre sa faiblesse et sa dépendance sans crainte d’être jugée ou brusquée, elle devient alors intérieurement disponible pour écouter et suivre les conseils et les consignes du soignant. Celui-ci, grâce au climat bienveillant qu’il aura su instaurer, aura davantage de facilité à la motiver à se prendre en main, à s’impliquer positivement dans son accompagnement, et à vouloir lui faire confiance. Cela, parce qu’elle sent que, grâce à lui — à ses soins et à ses conseils —, elle peut aller mieux, s’améliorer. C’est ce que j’appelle la relation de confiance voulue.
La relation de confiance obligée et la relation de confiance voulue sont, d’après mon expérience, les deux formes que peut prendre la relation de confiance, et qui donnent chacune une tonalité différente à la dynamique relationnelle infirmier-personne soignée. Cette dynamique oriente à son tour l’accompagnement dans une direction distincte : bénéfique ou défavorable à l’amélioration de l’état de la personne. Si la relation de confiance obligée peut être bénéfique un temps, la relation de confiance voulue l’est durablement. Il incombe alors à l’infirmier, en tant que professionnel de la relation d’aide, de transformer la première en la seconde.
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